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Mobilisation politique sur le web : la cause, toujours

Posté le 02 Juin 2014 par Spintank

Le web et les réseaux sociaux présentent un potentiel de mobilisation démocratique sans commune mesure. Et pourtant, l’abstention et le rejet du système politique sont là, et bien là – avec ou sans réseaux sociaux. Aucun bouton de partage, aucune stratégie « virale » sur Facebook ou Twitter n’a sauvé les élections européennes. Les promesses du numérique n’engageraient-elles que ceux qui y croient ?

Le risque d’une « onde de choc » abstentionniste et lepéniste était connu, il s’est réalisé. Les efforts n’ont pourtant pas manqué, plus ou moins heureux.

Facebook et Twitter pour réveiller le Vieux continent ?

Quelques jours avant l’élection européenne, espoir : Facebook annonce qu’il installe en Europe son bouton « Je vote ». Ce bouton que 9 millions d’inscrits auraient utilisé lors des présidentielles aux Etats-Unis, incitant plus de 340 000 Américains à se rendre dans les urnes! Un taux de transformation de près de 4% à faire pâlir d’envie nombre de marketeux…
JeVote-FB2
Sur un Vieux continent miné par la défiance et le désintérêt à l’égard de la chose publique, il y avait de quoi susciter l’enthousiasme des médias en ligne ; d’autant que Twitter s’était lui aussi joint à la danse citoyenne européenne (en poussant le hashtag #jevote, affiché à quelque 19 000 occurrences les 24 et 25 mai).

Le web n’a pas sauvé la démocratie : où sont passés les Désirs d’Avenir ?

Las : le scenario était déjà écrit, ce qui devait arriver arriva.

Pourquoi le numérique ne sauve-t-il pas une démocratie à l’agonie, lui dont nous attendions tous tant ? Pourquoi les promesses de Désirs d’Avenir n’ont-elles jamais été suivies d’effets en France ? Pourquoi le web, qui réussit à mobiliser des hackers pour des actions de revendication politique, ne parvient-t-il même pas à envoyer les citoyens aux urnes ? Pourquoi la force de frappe qu’offre le numérique ne booste-t-elle pas la participation politique ?

 

Abstention-Europeennes-2014

On n’engage personne avec un monstre froid

Aujourd’hui, c’est acquis : « la politique » n’intéresse plus grand monde en tant que telle. Les principes moraux ne font plus recette, les références aux heures-les-plus-sombres-de-l’histoire laissent de marbre, les institutions passent pour des monstres de plus en plus froids. Or on n’engage personne sur du vide – ou ce qui est perçu comme tel.

L’injonction à aller voter ne peut donc compenser l’absence d’intérêt et/ou de compréhension de l’enjeu d’une élection. Aujourd’hui, la légitimité des partis comme des institutions politiques et des médias « traditionnels » est sapée par le désintérêt et la défiance des citoyens : le problème fondamental n’est pas dans la visibilité, le marketing ; il est dans l’offre, le produit – ou service. Seul, le formidable outil qu’est le numérique ne suffit pas : sans contenu, le contenant ne sert à rien ; sans matière à véhiculer, les tuyaux sont creux.

Oui, les logiques d’affichage de soi propres aux réseaux sociaux et à leurs mécanismes de « viralité » sont des leviers de mobilisation massifs. Encore faut-il être en mesure de les actionner. Encore faut-il activer un intérêt de fond, une vision, une émotion. Pour engager, il faut de la matière : un ressort humain, émotionnel, personnel. Un ressort que « la politique » n’a pas, n’a plus, en tant que telle.

Les géants du numérique, nouveaux acteurs politiques ?

Au lancement des Jeux Olympiques de Sotchi, Google s’est engagé sur le fond, avec une page d’accueil gay-friendly qui s’appuyait sur un extrait de la charte olympique, pour afficher ouvertement son opposition à l’homophobie du gouvernement russe. Cet engagement a pu être perçu comme cynique (Google Play n’avait pas montré un grand empressement à supprimer une application homophobe de son store…), mais il n’était pas dépourvu de risques non plus, vu le caractère stratégique du marché russe pour Google. Il possédait une certaine substance.

Google-Gay-Charte

 

Par ce geste en faveur d’une cause précise, substantielle, Google a mobilisé. Opportuniste peut-être, la firme de Mountain View a engagé des centaines de milliers de personnes, voire des millions, qui ont relayé cette bannière sur Facebook, Twitter, Instagram… (et aussi par e-mail, on l’oublie trop souvent !).

Demain, un bouton « Vote Valls » ?

Aussi « slacktiviste » fut-elle, cette mobilisation fut massive. Google a su détourner l’agenda en sa faveur. Au passage, Eric Schmidt – le président de son conseil d’administration – a même été nommé membre du CIO quelques mois plus tard…

Demain, Facebook, Twitter, Google ou Microsoft iront-ils jusqu’à devenir de véritables acteurs politiques, engagés ? Verra-t-on apparaître des boutons « Vote Valls » ? Rien n’est moins sûr : s’ils prennent position, ces experts des ressorts de la diffusion de messages publics – actions politiques par essence – se positionneront sur du contenu, sur des causes ; ou ils se contenteront d’inciter à voter comme on manifeste dans la rue son opposition au Front national : pour faire joli.

La com’ ne sauvera pas « la » politique

Le web est l’agora d’aujourd’hui. La puissance du réseau est formidable, celle du soft power, qui permet d’influencer les décisions en faisant évoluer les mentalités et les cultures, est fascinante. Mais les échecs des formes traditionnelles de communication politique le montrent bien : on n’active pas un réseau sans cause, on ne le mobilise pas un réseau sans s’appuyer sur une communauté d’intérêt.

La différence entre l’exemple de Google et « la politique » qui ne mobilise pas, est là : on « se bouge », sur le web, pour une cause qui nous tient à cœur, personnellement. Une cause qui participe à l’image qu’on veut envoyer de soi-même. Et encore, cela ne suffit pas à faire passer cet « engagement » dans la « vie réelle » – au contraire même…

Aujourd’hui, manifestement, s’afficher bon citoyen ne suffit pas à donner envie aux autres : « la politique » ne donne pas envie d’aller voter et de le faire savoir. On peut même se poser la question : et si Facebook avait lancé un bouton « Je ne vote pas », quelle fortune aurait-il connu au pays de la quenelle… ?

Tiens, au moment même où j’écris ce billet, j’apprends que Facebook a lancé des stickers « fierté ». Qui, eux, portent certaines causes…

Via @desgonzo

Via @desgonzo

Sans cause t’as plus rien

Le numérique ne sauvera pas la politique en tant qu’outil de com’, il renouvellera le politique par le biais des causes, personnelles et/ou communautaires, qu’il permet de porter. Et par le pouvoir qu’il donne à chacun d’entre nous, comme le fait Change.org avec ses pétitions qui modifient vraiment le cours des choses.

Demain, les référendums seront-ils lancés via Change.org ? Les think-tanks et syndicats porteront-ils leurs idées par des pétitions en ligne ? Tous ces acteurs « traditionnels » seront-ils balayés par la puissance de l’empowerment ?

Ce soir, le débat entre la présidente monde de Change.org et François Chérèque, président de Terra Nova et ancien patron de la CFDT, risque de nous en dire beaucoup sur les espoirs – ou les désillusions – qui nous attendent.

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Et vous, quelle pétition avez-vous envie de lancer ?

  • Participez au débat de ce soir, IRL ou sur Twitter avec le hashtag #2anschange

 

Auteur : Charles André.