Spintank

Il est des moments particuliers, dans une vie d’entrepreneur. On monte des trucs, on se bat pour des clients, on réussit à embaucher quelqu’un, on réussit un projet ou on perd un contrat. Un flux, fait de milliers de petits et grands risques. Et puis il y a ces moments où l’on sent que ce que l’on fait vous dépasse, parce que c’est juste ce qu’il faut faire, maintenant. Cette joie de toucher à quelque chose d’universel, de nécessaire.

Entreprendre

Ce que nous sommes en train de proposer avec Le Tank, c’est juste ça. C’est une obsession et une intuition, qui est très dure à formaliser et à transmettre, mais qui correspond très certainement à une nécessité, ici, maintenant, à Paris, pour ce que nous vivons.

Huit ans après avoir construit Spintank, pas à pas, avec une équipe de plus de 35 personnes qui ne sont pas là par hasard, à travers ses hauts et ses bas, voilà un de ces moments. Celui où l’on confirme une intuition par l’air du temps, et où on y met ses réserves. Financièrement, c’est un choix engageant : nous sortons un demi-million d’euros, ce qui correspond à la moitié de nos fonds propres, ou à trois années de profits cumulés.

Un projet comme ça, c’est quelque chose qui se prépare, à grand coups d’études, de préparation. Mais ce que l’on guette, à chaque stade, c’est la confirmation (ou pas) que l’intuition est la bonne. Parfois, ces confirmations tardent, et ne viennent que quand on lance le projet. Les conjonctions, les signes, les bons conseils, les clins d’œil du destin, c’est aussi important que les tableaux excel, dans la prise de risque.

Pour ce projet, de construire le plus grand et plus bel espace de coworking à Paris (ou presque), nous en avons eu plein. C’est une lettre reçue de Keith Yamashita le jour où on lançait Le Tank la semaine dernière ; c’est un créateur un peu fou que j’admire qui m’a dit « tu es complètement fou, mais tu as raison » ; c’est Stéphane Distinguin qui me confirme avant-hier que j’ai raison de le faire en visitant le lieu, c’est un mail reçu qui propose un coup de main, c’est cette bienveillance et ces idées qui viennent d’un chaos, qui viennent confirmer des tableurs excel longs comme des jours sans pain, triturés la nuit.

Créer demande de la bienveillance

Pourquoi je vous raconte tout ça ?

Parce que se mettre en risque, c’est ce que font tous les entrepreneurs. Et derrière ce terme, je ne mets pas que quelques start-ups, qui viseraient à se revendre à Google dominer le monde en quelques mois. Je parle de ces gens qui, un jour, décident de se prendre en main, d’assumer le risque, de porter leur projet et leur chance. Ils deviennent freelances, consultants, indépendants, créateurs d’entreprise ou que sais-je. Leur projet deviendra énorme ou échouera. Ce qui les anime, c’est un esprit créatif, une ambition, une exigence, qui peut être immense ou intime.

Ils sont chaque jour plus nombreux : le numérique, oui, nous permet vraiment d’envisager notre vie en nous donnant tellement de ressources et d’outils, et surtout un réseau qui nous « empower » tant qu’on arrive tous peu à peu à se développer en dehors du cadre de ces grandes entreprises dorées. On le peut, et de plus en plus le veulent. Les auto-entrepreneurs et les frees, les créateurs de start-ups et les chercheurs qui travaillent en marge, les journalistes qui s’assignent cent projets sans se salarier. L’indépendance est un moyen, que le réseau qui les entoure facilite.

Nous avons besoin d’eux, de ces créateurs là. Surtout aujourd’hui, en France.

De quoi ont-ils besoin ?

Ils sont des objets précieux, ces esprits qui entreprennent. Ils ont besoin d’entraide, de ce soutien amical mais non pressant, de ces conjonctions favorables qui fait qu’un jour, quand ils sautent le pas, ils se disent que c’est bien le bon. Ils ont besoin du bon conseil qui vient au hasard des rencontres, du soutien moral et de la vraiment bonne idée qui surgit, du coup de pouce inattendu. La valorisation par les politiques ? Ils y jouent mais j’en connais peu qui la prennent au sérieux.

Ils n’ont pas besoin de mentors, de profs, de gens expérimentés qui leur disent quoi faire. C’est toute la limite de ces projets d’accélération qui confinent au clonage. Ils ont besoin d’espace, de temps, d’un entourage qui crée les occasions favorables au développement, en autonomie, selon leur rythme, de leur créativité. D’inspirations, beaucoup, aussi. D’ambitions qui les entourent, tout en suivant leur propre rythme.

Cela vaut pour quelqu’un qui monte son activité de designer en freelance, celui qui crée son site de e-commerce, celui qui veut renverser Amazon, celui qui veut juste écrire, celui qui, passionné par son sujet, décide à un moment, qu’il faut y aller.

Créer un lieu

C’est le meilleur environnement pour eux, dans leur diversité, que nous voulons créer, au Tank. Au fil de plusieurs années à expérimenter le coworking au Tank dans sa version beta, à visiter des lieux inspirants, à cotoyer, discuter, créer moi-même, échouer et parfois réussir, j’en ai compris un certain nombre de choses.

D’abord, nous voulons attirer ceux qui veulent penser en grand. Grand n’est pas forcément gros, grosse boite, grosse levée de fonds. Grand, c’est cette idée de greatness, si américaine aujourd’hui, qui a su être si française à une époque. Quand Robin Berjon édite, depuis Le Tank, dans le 11ème à Paris, la norme HTML5 pour le monde entier, devant son laptop, il ne crée pas une entreprise qui embauchera des millions, mais il permet à des millions d’ouvrir leur connaissance et leur potentiel. De quoi a-t-il besoin ? D’un doux mélange de calme, de bienveillance, d’énergie et de ce petit truc qui fait qu’il sent qu’il est avec des like-minded people (tu me contrediras, Robin). De ceux qui cherchent cette grandeur, qui ont cette ambition – mais restent à leur place – qui dépasse un comptage en dollars.

Aujourd’hui, à Paris, les lieux du numérique sont à la mode. C’est tant mieux. On a besoin d’énergie. Mais on perd, ou on pourrait perdre quelque chose d’essentiel : le mélange, la diversité. Je vois tous ces espaces agir comme des forces de fragmentation. Or, ce qui importe, ce n’est pas que tous les jeunes centraliens voulant créer une app se rejoignent entre eux, ou que les développeurs-libristes ou les entrepreneurs sociaux ou les créatifs ou les que sais-je se regroupent, mais bien qu’ils se croisent, s’entrechoquent, se côtoient, et s’entraident.

Ce que j’ai appris, c’est aussi que la beauté et l’inspiration sont essentielles. J’ai vu peu de gens penser en grand dans des endroits laids, petits, étriqués. J’en ai vu peu le faire aussi dans des usines immenses. Il faut du beau qui n’impressionne pas, mais inspire. Des espaces ouverts, grands, appropriables. Des livres, des gens, du très bon café et une foule de belles et grandes idées qui fusent.

Il faut la bonne échelle, aussi. 3000, c’est absolument trop. 10, c’est infiniment trop peu. A l’heure des réseaux, une centaine de personnes en simultané dans un même lieu est suffisant, et sans aucun doute la bonne taille. Les grandes multinationales n’inventent plus, elles captent. 100 personnes, c’est 15.000 ressources à un degré de séparation. Pourvu qu’ils soient d’horizons divers, surtout, artistes, technologues, penseurs, organisateurs, cérébraux ou sociaux. On doit pouvoir composer dans un tel lieu une sorte d’équipe magique, en mouvement permanent.

Le Tank vu de face

 

Le Tank ?

Voilà ce qui dessine Le Tank. Imaginez une centaine de personnes dans un des plus beaux immeuble de Bastille. De la brique, un très bel espace blanc, suffisamment beau pour donner envie, avec ses grands volumes, suffisamment brut pour ne pas impressionner. Une architecture et un aménagement destiné à rendre ces accidents quotidiens. Une animation et une énergie, surtout, qui font qu’on se croise. Qu’on parle standards du web, domaine public un matin, équilibrage de business model un autre, pratiques sociales à l’heure du numérique un soir, typographie le lendemain matin, longforms et buzzfeed, yoga, transports durables et quantified self. Qu’il y ait de la haute culture et de la simplicité, de la politique et du design. Ce mélange si français qui fait qu’on peut inventer le monde.

Voilà ce qui fait que l’on se projette dans le futur. Ce qui fait que ces gens se croisent parce qu’ils sont égaux dans un espace, et qu’ils ont la joie de se dire qu’on peut ici faire de grandes choses. Que que l’avenir y est présent, quand il a tant quitté l’univers gris des media et du récit national.

De l’énergie, mais aussi du calme pour se concentrer. Des espaces où ça s’entrechoque, où l’on s’ouvre, d’autres où on produit, ou l’on crée. Et tout ce qui fait qu’on peut créer : la plus belle salle de Paris pour se lancer ou se réunir à plusieurs dizaines, des murs qu’on peut modifier, du beau, beaucoup, partout, mais du beau imposant. du beau qui libère les énergies.

C’est parti !

Voilà ce qui se cache derrière cette feuille blanche lancée au hasard la semaine dernière. Nous l’ouvrons en décembre. Nous cherchons les premiers qui nous aideront à en façonner l’esprit. Ceux qui diront : « oh, il y a quelque chose à faire ici, je peux y plaquer mon envie ».

Pour ça, il y une campagne Ulule. On a besoin de ces signes d’encouragements, de ces prises de réservation, de ces mini prises de risque qui sont autant de signes qu’on avait besoin de ça. Et ça marche déjà, quelques jours après être sortis du bois : des e-mails, des coups de fils, des hochements de tête, des contacts d’inconnus, ou des réveils de têtes familières.

Nous allons organiser des visites, aussi. C’est en travaux, mais c’est à ce moment que se dessine ce qui sera, on l’espère – c’est notre ambition – un de ces lieux dont on se dit : ça, c’est Paris.

Un Paris qui dessine l’avenir du monde, qui se projette dans l’avenir et cesse de râler. Pour que l’avenir, ce ne soit pas juste des gariguettes et le TGV, ou rapatrier des cadres, mais cette conjonction unique, du beau, de la conscience, de cette dose de prétention et ce souci du monde qui change. Que l’avenir soit Français par ce génie que nous avons des lieux qui mélangent dans une exigence.

A vous !

Le Tank est encore en plein travaux. C’est la période où nous avons besoin de vous pour passer de l’ambition, du rêve, à l’action. Ce n’est pas un lieu de Spintank : nous n’y serons qu’une minorité. C’est une plateforme sur laquelle on vous invite à plaquer vos envies et ambitions.

Alors à vous de jouer !

  • Donnez-nous un coup de menton (un mug, un bout du Tank dans votre poche) sur Ulule ;
  • Passez-nous voir lors d’une visite ;
  • Envoyez-nous un e-mail, un tweet, un sms pour suggérer une idée folle ;
  • Et faites-passer le mot aux créateurs un peu fous que vous connaissez.

 

#avectoi ?

nicolas@spintank.fr / @LeTankParis / #LeTank